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Acompte et paiements travaux : ce que la loi dit vraiment (et ce que beaucoup d'articles racontent à tort)

  • 3 juin
  • 5 min de lecture

"La loi Hamon fixe l'acompte à 30 % maximum." Cette affirmation circule partout sur Internet. Elle est fausse. La réponse officielle du Gouvernement à la question parlementaire n° 7506 (Assemblée nationale, 17e législature) confirme qu'aucun plafond légal n'existe pour les acomptes de travaux entre un artisan et un particulier, hors CCMI et VEFA.


À l'inverse, peu d'articles évoquent la retenue de garantie de 5 % prévue par la loi du 16 juillet 1971, qui constitue pourtant le vrai outil légal de protection du maître d'ouvrage. Voici les règles précises, les sanctions, et les bonnes pratiques pour sécuriser un chantier.



L'acompte est-il vraiment plafonné par la loi Hamon ?


💡 Non, c'est une bêtise qui circule partout sur Internet. La loi du 17 mars 2014 (dite loi Hamon) a renforcé les droits des consommateurs : délai de rétractation de 14 jours, encadrement du démarchage, ventes à distance. Mais elle n'a pas instauré de plafond d'acompte pour les marchés de travaux à domicile conclus à l'initiative du client.

La réponse ministérielle à la question écrite n° 7506 du député Didier Le Gac est sans ambiguïté : "la somme à verser avant la réalisation de travaux par un professionnel peut être définie d'un commun accord entre les parties. Actuellement aucun montant minimum, ni maximum n'est donc défini légalement".


Deux exceptions seulement. Le CCMI (Contrat de construction de maison individuelle) est régi par les articles L.231-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation, avec un échéancier strict. La VEFA (Vente en l'état futur d'achèvement) est encadrée par les articles L.261-1 et suivants.


Pour le reste, l'acompte reste libre, qu'il s'agisse de travaux de couverture, travaux d'élagage ou autres.


Les usages professionnels recommandent 20 à 30 %, mais aucun texte ne sanctionne un acompte plus élevé, donc concrètement un artisan peut vous demander un acompte de 50%, c'est légal.

Quels sont les usages professionnels selon le type de chantier ?

Type de travaux

Acompte usuel

Versements intermédiaires

Solde réception

Petits travaux (< 3 000 €)

30 % signature

Aucun

70 % fin de chantier

Rénovation classique (3 000-15 000 €)

20-30 % signature

40 % à mi-chantier

30-40 % réception

Rénovation lourde (> 15 000 €)

10-20 % signature

3 versements de 20-30 %

10-20 % réception

Cuisine ou menuiseries sur mesure

30-40 % à la commande

30 % à la livraison

30-40 % à la pose

CCMI

5 % à la signature

Échéancier réglementé

5 % à la réception

Pour le CCMI, l'article R.231-7 du CCH impose un échéancier strict. 15 % à l'ouverture du chantier. 25 % aux fondations. 40 % aux murs achevés. 60 % à la mise hors d'eau. 75 % à la mise hors d'air. 95 % à l'achèvement des équipements. 100 % à la réception.


Qu'est-ce que la retenue de garantie de 5 % ?


C'est le vrai outil légal de protection du maître d'ouvrage. Et il reste massivement sous-utilisé par les particuliers. La loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 autorise une retenue de 5 % maximum du montant total du marché pendant 12 mois après réception. Objectif : garantir la levée des réserves éventuelles.


Conditions strictes posées par la loi (article 1779-3° du Code civil) :


  • Stipulation contractuelle préalable : la retenue doit être prévue dans le devis ou le marché. Sans clause écrite, elle ne peut pas être appliquée

  • Consignation obligatoire : la somme retenue doit être consignée chez un consignataire (banque, notaire, ou Caisse des Dépôts) accepté par les deux parties

  • Plafond 5 % du montant définitif du marché. Toute stipulation contraire est nulle et non avenue (loi d'ordre public)

  • Libération automatique à 12 mois si aucune opposition motivée n'a été notifiée par lettre recommandée


L'entrepreneur peut substituer la retenue par une caution personnelle et solidaire d'un établissement financier. Dans ce cas, le maître d'ouvrage doit verser la totalité du montant à l'entreprise.


Quels recours en cas d'acompte versé sans suite ?


Si l'artisan ne démarre pas après encaissement, plusieurs voies existent. Toujours commencer par la mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Viser les articles L.216-1 et suivants du Code de la consommation (délai d'exécution) et l'article 1217 du Code civil (inexécution contractuelle).

Sans suite, les recours :

  • Médiateur de la consommation mentionné sur le devis (obligatoire depuis 2016, article L.612-1 du Code de la consommation)

  • SignalConso (signal.conso.gouv.fr) pour alerter la DGCCRF

  • Référé devant le tribunal judiciaire pour ordonner la restitution rapide

  • Action en résolution du contrat avec dommages-intérêts (article 1224 du Code civil)

  • Si liquidation judiciaire : déclaration de créance au liquidateur sous 2 mois


Quel budget pour sécuriser un chantier de 40 000 € ?

Poste

Coût indicatif

Constat d'huissier en cas de litige

200-400 €

Caution bancaire de retenue de garantie

1-2 % du montant cautionné/an

Consignation Caisse des Dépôts

Gratuit

Consignation chez notaire

50-150 €

Médiation consommation

Gratuit pour particulier

Référé tribunal judiciaire

1 500-3 000 € avocat


Cas terrain : rénovation 65 m² à Paris 6e


Rénovation complète d'un appartement haussmannien en 2025. Devis signé pour 52 000 € TTC avec un artisan tous corps d'état certifié Qualibat, tel que : belmard-batiment.fr


Échéancier négocié et inscrit au devis :


  • Acompte signature : 20 % soit 10 400 € (octobre 2024)

  • Versement à mi-chantier : 30 % soit 15 600 € (décembre 2024)

  • Versement avant peinture : 30 % soit 15 600 € (février 2025)

  • Solde à réception : 15 % soit 7 800 € (avril 2025)

  • Retenue de garantie consignée Caisse des Dépôts : 5 % soit 2 600 €


Réception avec 3 réserves mineures : joint silicone, prise mal alignée, peinture à reprendre sur 1 m². Levée des réserves sous 3 semaines. Libération de la retenue à 12 mois, soit avril 2026 : 2 600 € restitués sans difficulté.


Bilan : zéro litige, trésorerie maîtrisée des deux côtés, levée des réserves rapide grâce à l'effet incitatif de la retenue.


3 erreurs à ne jamais commettre


Verser un acompte sans devis signé ?

Le devis signé est le contrat. Sans devis daté, signé et précisant le montant total TTC, les modalités de paiement et le délai d'exécution, vous n'avez aucun recours juridique. Erreur fréquente sur les petits chantiers.


Régler 100 % avant réception ?

⚠️ Un artisan qui exige le paiement intégral avant la fin du chantier est un signal d'alerte majeur. Conservez toujours 10 à 15 % minimum à régler après réception et levée des réserves. La retenue de garantie de 5 % s'ajoute si elle est prévue contractuellement.


Oublier d'inscrire la retenue de garantie au devis ?

Sans clause contractuelle préalable, la retenue ne peut pas être appliquée (Cour de cassation, jurisprudence constante depuis 1985). Demandez systématiquement son inscription au devis dès la négociation initiale, avec mention du consignataire choisi.

 
 
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